La question revient souvent dans les forums crypto francophones : “Si je me fais wrench attack, est-ce que je peux vraiment porter plainte ? La police comprend-elle ? Y a-t-il un risque que je sois moi-même inquiété fiscalement ?”
La réponse courte : oui, il faut absolument déclarer, et le cadre légal français est plus protecteur pour la victime qu’on ne le pense. Mais il y a des pièges procéduraux à éviter. Voici l’essentiel.
Avertissement : cet article est une vulgarisation juridique. Pour un cas réel, consultez un avocat pénaliste, idéalement spécialisé dans les nouvelles technologies. Plusieurs cabinets parisiens et lyonnais ont développé cette expertise depuis 2024.
La qualification pénale : trois infractions cumulables
Une wrench attack tombe sous trois qualifications pénales distinctes en droit français, qui peuvent se cumuler :
Extorsion (Article 312-1 du Code pénal)
“Le fait d’obtenir par violence, menace de violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d’un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d’un bien quelconque.”
Peine : 7 ans de prison + 100 000 € d’amende.
Le transfert forcé de cryptomonnaies tombe directement dans le champ “remise de fonds, valeurs ou bien quelconque”. La jurisprudence 2024-2025 confirme que les cryptos sont des “biens” au sens de cet article (arrêt Cass. crim., affaire Coinhouse).
Séquestration (Article 224-1 du Code pénal)
“Le fait, sans ordre des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi, d’arrêter, d’enlever, de détenir ou de séquestrer une personne.”
Peine : 20 ans de réclusion criminelle (et perpétuité si torture ou mort).
Toute privation de liberté, même brève (30 minutes suffit selon la jurisprudence), tombe sous cette qualification. Dans l’affaire Balland, la séquestration du couple constituait à elle seule une infraction criminelle.
Bande organisée (Article 132-71)
Si l’attaque a été préparée par au moins deux personnes (cas de quasi-tous les wrench attacks documentés), la qualification de bande organisée s’ajoute aux deux précédentes. Conséquences :
- Peine doublée sur les infractions principales
- Compétence du PNACO (Parquet national anti-criminalité organisée), avec moyens d’enquête renforcés
- Garde à vue prolongée à 96h pour les suspects
- Saisies patrimoniales facilitées sur les biens du réseau
Pourquoi il faut absolument déclarer
Cinq raisons qui vont au-delà du “principe” :
1. Sans plainte, l’enquête sur les flux on-chain ne peut pas démarrer
Les cryptos volées laissent une trace publique sur la blockchain. Mais leur traçage opérationnel — saisies, mises sous séquestre, demandes d’entraide internationale — exige une procédure pénale ouverte. Sans dépôt de plainte, la chaîne de garde n’existe pas et les exchanges étrangers ne coopéreront pas.
Le PNACO et le SIRASCO ont développé depuis 2024 des cellules dédiées au traçage crypto. Elles sont opérationnelles dès la plainte, pas avant.
2. Vous protégez les futures victimes
Les wrench attacks sont quasi systématiquement commises par des réseaux récurrents. Une plainte permet de recouper les modes opératoires, identifier des récidivistes, prévenir les attaques futures. Les 88 mises en examen d’avril 2026 sont le résultat direct du croisement de plusieurs plaintes.
Ne pas déclarer protège les agresseurs et exposera d’autres victimes.
3. L’indemnisation par le Fonds de Garantie
Le Fonds de Garantie des Victimes d’Actes de Terrorisme et d’Infractions (FGTI) indemnise les victimes d’extorsion violente, y compris pour les pertes crypto. Conditions :
- Avoir été victime sur le sol français
- Avoir déposé plainte dans les délais légaux (généralement 3 ans)
- Établir le préjudice (relevés blockchain, transactions, valeur au moment des faits)
L’indemnisation n’est pas plafonnée pour les préjudices corporels graves (mutilation type Balland) et peut être substantielle pour les préjudices matériels.
Sans plainte → pas d’indemnisation FGTI.
4. Aucun risque fiscal direct
Beaucoup hésitent par crainte que la déclaration ne révèle un patrimoine crypto non déclaré au fisc. Cette crainte est techniquement fondée mais procéduralement maîtrisable.
Le secret de l’enquête pénale protège normalement les informations transmises à la police. Une régularisation fiscale en parallèle (via Bercy) est même encouragée par la procureure Vanessa Perrée dans ses communications : la priorité criminelle prime sur la priorité fiscale.
Recommandation pratique : avant de déposer plainte, consulter un avocat pour analyser l’exposition fiscale et préparer si besoin une régularisation simultanée. Plusieurs cabinets parisiens proposent cette approche combinée.
5. C’est exigible par votre assurance
Si vous avez une assurance crypto (Coincover, BitGo, polices Lloyd’s), la déclaration de sinistre exige obligatoirement le dépôt de plainte préalable et la transmission du procès-verbal. Sans plainte, pas d’indemnisation assurantielle.
Ce que la police attend concrètement
Au moment de la plainte (commissariat ou gendarmerie)
Apportez :
- Pièce d’identité
- Récit chronologique précis (date, heure, lieu, déroulement)
- Description des agresseurs (nombre, signalement, langue parlée, accents)
- Hash des transactions blockchain forcées (etherscan, blockstream.info)
- Adresses crypto sources (les vôtres) et destinations (celles des agresseurs)
- Captures d’écran des messages éventuels (Telegram, WhatsApp, SMS)
- Témoignages éventuels
Pour les cas graves (mutilation, séquestration prolongée), demandez directement la saisine du PNACO plutôt qu’un dépôt classique au commissariat. La procureure Vanessa Perrée a un seuil de saisine relativement bas en 2026.
Pendant l’enquête
Le PNACO travaille typiquement avec :
- Cellule blockchain de Tracfin pour le traçage on-chain
- Brigade de répression du banditisme pour le volet criminel terrain
- Demandes d’entraide internationale via Eurojust (les donneurs d’ordres sont souvent à l’étranger)
Délai typique pour des arrestations : 2 à 6 semaines sur les réseaux structurés. Le démantèlement complet du réseau peut prendre 6 à 18 mois.
Après le jugement
Si condamnation, possibilité de :
- Constitution de partie civile pour obtenir des dommages-intérêts directs
- Saisie des avoirs des condamnés au profit de la victime
- Demande d’indemnisation complémentaire au FGTI si les condamnés sont insolvables
Les pièges procéduraux à éviter
Piège 1 — Ne pas attendre. Plus le délai est long entre les faits et la plainte, plus les traces s’effacent (vidéosurveillance auto-supprimée à 30 jours, mouvements crypto mixés via Tornado Cash). Plainte dans les 24-48h idéalement.
Piège 2 — Ne pas négocier avec l’agresseur sans la police. Si l’agresseur reprend contact après l’attaque (chantage à la vidéo, demande de rançon supplémentaire), ne pas répondre seul. Transmettre immédiatement à l’enquêteur. Toute négociation crypto faite sans la police complique l’enquête et peut être requalifiée.
Piège 3 — Ne pas effacer les preuves numériques. Garder les SMS, les messages Telegram, les notifications de transactions, même les plus dérangeants. C’est de la preuve pénale.
Piège 4 — Ne pas parler aux médias sans l’avocat. Une interview maladroite peut compromettre l’enquête (révéler des éléments sous secret), ou aggraver votre exposition publique (donner d’autres détails sur votre patrimoine).
Le rôle des solutions techniques en parallèle
Une plainte se traite après l’attaque. Mais la meilleure réponse à un wrench attack reste de réduire la fenêtre d’agression au moment des faits. C’est là que des outils comme Kronobi interviennent : alerte silencieuse géolocalisée pendant l’agression, qui permet aux autorités d’intervenir avant que l’agresseur n’obtienne tout (voir l’affaire Balland où l’intervention du RAID en 36h a sauvé probablement plusieurs doigts).
L’écosystème français mature progressivement : avocats spécialisés, magistrats sensibilisés, brigades crypto opérationnelles, outils de prévention. La déclaration systématique des wrench attacks contribue à ce mûrissement collectif.
Découvrir comment Kronobi raccourcit la fenêtre d’agression →
Cet article a été rédigé par l’équipe Kronobi avec relecture du cadre juridique. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour un cas concret, consultez un avocat pénaliste spécialisé.